L’essence du lieu – Les sens du lieu_

Nico Steinmetz et Arnaud De Meyer, deux architectes au Luxembourg. Une approche, celle du contexte initial, placé au cœur de chaque projet.

Qu’il s’agisse d’une maison, d’un lieu de culture ou d’un ensemble de bureaux, l’idée, l’envie et la volonté sont de créer un lieu mémorable et d’en délivrer le sens. Pour STEINMETZDEMEYER, qui parlent ici d’une voix générique, l’architecte est un communicant, capable de délivrer un message en utilisant ses propres outils.

Étonnement, plaisir, autant d’émotions restituées de l’environnement d’un bâtiment. À chaque fois.

Bien au-delà du portfolio, cet ouvrage recense les démarches, les partis pris, parfois les manifestes de deux architectes et de leurs équipes pour que chaque lieu prenne sens et vie.

Rien n’est laissé au hasard. Jamais.

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre…

Après un cursus artistique secondaire au Luxembourg où il découvre entre autres le dessin géométrique et la représentation en deux dimensions de volumes imaginaires, Nico Steinmetz choisit l’architecture, sans pour autant savoir quelle vocation profonde ce choix provoquerait sur sa vie.

C’est pourtant à l’Institut supérieur d’architecture Saint-Luc, à Bruxelles, qu’il découvre cette discipline fascinante et, plus particulièrement, le travail de dématérialisation et de conception d’espaces au service d’un utilisateur final.

Pour Arnaud De Meyer, le chemin est quelque peu différent, bien que l’aboutissement soit similaire. C’est d’abord la bande dessinée qui éveille en lui une vocation artistique, un besoin irrépressible d’expression par le dessin. «Tu auras toujours le temps de dessiner pour ton plaisir !» lui conseillent alors ses parents avisés. «En attendant, choisis l’architecture !» Intéressant compromis. C’est en rencontrant Jean Cosse, éminent professeur à Saint-Luc, qu’il comprend alors combien l’architecture lui permettrait de concilier création et finalité, dessin et accomplissement.

Une histoire de choix, donc. Pour les deux. Des choix déterminants.

Une rencontre aussi. À Saint-Luc, toujours. Nico est alors jeune diplômé de l’école en 1988 et devient professeur en 1990, l’année où Arnaud débute son cursus.

Nico est un professeur exigeant, posant sans cesse la question du sens du lieu, pour lequel chaque espace doit être motivé, expliqué et argumenté.

Simultanément, Nico débute sa carrière d’architecte.

Des prémices difficiles, loin de ses aspirations et de ses visions du métier. Il travaille alors pour une agence bruxelloise chargée de la construction des bâtiments des institutions européennes. Son équipe est constituée de plusieurs bureaux qui ne se connaissent pas ou peu, qui n’échangent pas ou encore moins, sans véritable vision globale et collégiale du projet. Cette vision disparate ne lui convient pas. Il quitte alors l’agence, sans regrets. Une expérience, après tout. La confirmation de ce qu’il ne veut pas.

De retour au Luxembourg, ses déconvenues bruxelloises le font alors hésiter entre trois orientations: designer industriel, un voyage en Inde, ou la réponse à un concours lancé pour la transformation d’un complexe industriel à Hollerich, un quartier en pleine mutation. C’est cette dernière possibilité qui finalement l’incite à rester et à persévérer dans sa première démarche d’architecture. Dans le cadre de cette réponse, il travaille alors  en collaboration avec l’architecte Stefano Moreno. Ils gagnent ensemble le projet. Cette association fructueuse de deux talents et d’une équipe se poursuivra cinq années durant, jusqu’en 1995.

Arnaud, alors étudiant à Saint-Luc, postule pour un mois de stage dans la nouvelle agence créée par Nico et reste… un an, puis deux, puis trois… et ne partira plus. Le binôme fonctionne.

La collaboration, puis l’association en 2001 confirment les choix de départ, balayent les doutes, façonnent la rencontre de deux visionnaires qui écrivent, à chaque projet, une nouvelle histoire.

L’atelier aujourd’hui

Autour de l’association Nico-Arnaud, ce sont 40 collaborateurs en 2013 qui font battre le cœur de STEINMETZDEMEYER au rythme des projets. Architectes, dessinateurs, techniciens, collaborateurs administratifs, autant d’expertises et de talents conjugués et pluriels qui s’expriment, se développent et coopèrent chaque jour au sein de l’atelier.

Sans ce savoir-faire et ce faire-savoir, cette confiance réciproquement partagée et l’engagement de ces femmes et de ces hommes autour de valeurs communes, l’agence STEINMETZDEMEYER ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui.

…puis d’une démarche

La signature d’un projet STEINMETZDEMEYER, c’est avant tout un contexte initial placé au cœur du processus de conception. Par «contexte», on entend lieu, en corrélation avec les attentes et les besoins du maître d’ouvrage, et surtout compréhension du site, ce lieu auquel il va falloir donner un nouveau sens. Telle est la démarche du travail d’architecture pour Nico Steinmetz et Arnaud De Meyer.

Contexte, tout n’est que contexte

Les deux architectes ont ceci de commun qu’ils ont bénéficié du même apprentissage théorique du métier en suivant les cours de l’Institut supérieur d’architecture Saint-Luc de Bruxelles qui les a sensibilisés au contexte bâti, au paysage, au lieu. Après quinze ans de collaboration, chacun revendique une démarche de conception du projet axée sur la finalisation concrète, sur sa matérialisation.

Qu’il s’agisse d’une maison, d’un lieu de culture ou d’un ensemble de bureaux, l’idée, l’envie et la volonté sont de créer un lieu mémorable et d’en délivrer le sens. Pour STEINMETZDEMEYER, qui parlent ici d’une voix générique, l’architecte est un communicant, capable de délivrer un message en utilisant ses propres outils. Étonnement, plaisir, autant d’émotions restituées de l’environnement d’un bâtiment.

À chaque fois. Faire table rase des non-lieux, des lieux sans âme et sans parti pris, inscrits dans la démarche consumériste du tout-à-bâtir, nier l’espace, taire l’harmonie. Rien de tout cela. C’est inutile et ça ne dure pas. Valoriser plutôt une vision d’architecture fondée sur des éléments simples, intemporels à la portée de tous : lumière, vue, espace, pour cultiver le plaisir de vivre dans ces bâtiments, mais aussi de les faire vivre, sans limite de temps, ni de mode. Nico Steinmetz et Arnaud De Meyer ont, par ailleurs, le goût du détail, ces suppléments d’âme médiateurs de plaisir, d’émotion et de bien-être. Mettre à profit l’œil qui observe et la main qui restitue. Tout simplement.

Ne jamais perdre de vue le contexte de chaque projet architectural, en mesurer chaque détail et cultiver avec soin la capacité d’adaptation : un secret de fabrication ? Certes non. Une démarche. Une signature, affirmeront certains. L’envie de simplicité formelle et de diversité rythme les projets, au gré des concours et des demandes.

Cette faculté d’adaptation permanente exclut toute pensée déterminée de l’architecture ou du style. Elle est le fruit d’un regard pragmatique. Le style peut être une contrainte, concède Nico Steinmetz. D’où cet intérêt bien légitime d’explorer tous les possibles pour répondre à la question : comment faire du contemporain dans ce contexte, cet environnement si particulier qui n’appartient qu’à lui-même ?

Exit le style, la tendance, une technique ou un matériau à la mode. Tout est à faire dans une combinaison d’intentions qui placent l’humain au cœur du projet et le site comme matrice de la conception.

Une matrice. Pas moins. C’est ainsi que Nico Steinmetz définit le lieu. L’architecture doit y être ancrée, sans possibilité de mobilité. Du lieu naissent les atouts, les contraintes, les apports potentiels du bâtiment, à cet endroit précis. Du lieu vient ensuite l’organisation, et par extension sa formalisation. Ne pas transposer. Changement de lieu, changement de projet

Et l’Homme ?

L’architecte est un peu comme un metteur en scène qui n’aurait aucune autorité sur ses acteurs, explique Arnaud De Meyer quand on lui demande où se situe le pouvoir de décision de l’architecte. Connaissance aiguë et prise en compte de la demande initiale, besoins du maître d’ouvrage… l’architecte écoute et suggère par le biais de l’architecture, mais il ne dirige pas. Nico Steinmetz et Arnaud De Meyer passent beaucoup de temps à discuter avec le maître d’ouvrage à le questionner, à le confronter au projet. Souvent, ils lui posent plus de questions qu’il ne répond aux siennes. Cette exigence est déterminante car elle permet de connaître parfaitement tous les besoins, les contraintes et les limites. De ce dialogue parfois ardu naîtront des choix et des engagements. Forcément vivants.

Autant d’informations essentielles, de recoupements nécessaires, de confirmations vitales pour enfin prendre en main les outils pour bâtir un scénario et se projeter dans le futur bâtiment. Mais cela ne suffit pas, cela ne suffit jamais, si la bâtisse veut vivre ; d’autres voix, d’autres compétences travaillent en coulisse : ingénieurs, artisans, archéologues, historiens, figures politiques, voix de chœur et de soutien à l’usage quotidien du bâtiment à naître. Rien n’est laissé au hasard. Jamais. 

www.steinmetzdemeyer.com

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