L’Aventure de la couleur_


Martial Raysse, America America, 1964, Néon, métal peint, 240 x 165 x 45 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP, © Adagp, Paris 2017

Dès les prémices de la création du Centre Pompidou en 1977, la couleur, employée comme un code, est au coeur du projet architectural de Renzo Piano et Richard Rogers. Ce sont ces mêmes couleurs qui irriguent le nouvel accrochage de la collection du Centre Pompidou, L’Aventure de la couleur, consacré à la persistance des réflexions sur la couleur dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, d’Henri Matisse à François Morellet.
Dans la continuité de Musicircus, cette nouvelle présentation inédite d’une quarantaine de chefs-d’oeuvre de la collection du Centre Pompidou propose une exploration thématique de la couleur, tantôt appréhendée comme un puissant vecteur d’émotions et de sensations, tantôt comme un support infini
de réflexions sur la matérialité et la spiritualité de la peinture. Rythmé par des expériences physiques et ultra sensibles, le parcours invite le visiteur à prendre progressivement conscience de l’incarnation de la couleur, à travers des dialogues riches de sens. L’iconique Bleu de ciel de Vassily Kandinsky ouvre ainsi la voie à l’environnement immersif Pier and Ocean de François Morellet et Tadashi Kawamata.
Le regardeur se trouve submergé par la sensation d’un espace infini, où la composition lumineuse abstraite de néons clignotants symbolisant la houle n’en finit pas de brouiller les repères. Les mots de Gaston Bachelard dans L’air et les songes résonnent tout particulièrement ici : «D’abord, il n’y a rien, ensuite un rien profond, puis une profondeur bleue. »
En 1810, explorant dans sa Théorie des couleurs les mécanismes optiques et physiologiques qui fondent le spectre chromatique, Goethe anticipait l’affranchissement à venir de la couleur pure et de la monochromie. Pour Matisse, près d’un siècle plus tard, la couleur devient une véritable libération. Ses papiers découpés sont une jubilation rythmique qui inspirent les recherches plastiques de Jean Dewasne, Simon Hantaï, Bridget Riley et Sam Francis. Les planches de son oeuvre manifeste Jazz, présentées tout au long de la première section, soulignent l’influence décisive de Matisse sur ses héritiers. Yves Klein confie pour sa part que « les couleurs sont des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout. Les couleurs sont les véritables habitants de l’espace.» Engagé – dès 1946 – dans son Aventure monochrome , il envisage la couleur comme un champ d’énergie, générant des espaces psychologiques. D’autres pensées monochromes cohabitent avec sa vision spirituelle de la couleur, parmi lesquelles celles de Claude Rutault, Dan Flavin ou encore Robert Ryman dont les peintures, loin d’être rigoureusement blanches, recèlent d’infinies variations qui permettent « à d’autres choses d’advenir. »
Avec les énergies Pop et du Nouveau réalisme, la couleur devient pulsation, célèbre le réel. « Ce qui m’intéresse c’est la profusion colorée de l’article en série » affirme Martial Raysse : «les Prisunic sont les musées de l’art moderne.»
Avec America America, il troque le pinceau pour le néon : une « couleur vivante, une couleur par-delà la couleur. » Les artistes américains du hard edge s’engagent quant à eux dans une réduction des composantes de l’oeuvre. Derrière l’ascèse de ces champs colorés qui se déploient dans l’espace, tapi dans la radicalité de la monochromie, sommeille la capacité de la couleur à réveiller l’émotion.
https://www.centrepompidou-metz.fr/laventure-de-la-couleur-uvres-phares-du-centre-pompidou
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