Centre Pompidou Metz_

Réinterpréter un chapeau chinois

Shigeru Ban avait trouvé en 1998, dans un magasin parisien, un chapeau traditionnel chinois qui l’avait particulièrement intéressé : un maillage hexagonal en lamelles de bambou maintient plusieurs couches de papier constituant une isolation, l’une de ces couches étant huilée pour assurer une étanchéité. Invité à concourir pour le Centre Pompidou-Metz en 2003, il décide de réinterpréter la structure de ce chapeau et propose une composition de trois galeries parallélépipédiques, superposées et orientées dans différentes directions, recouvertes par une grande toiture hexagonale de 90 mètres d’envergure. Cette toiture, qui donne à l’édifice sa silhouette unique, protège les différents espaces intérieurs en créant un espace tampon. Ses très larges débords, qui vont jusqu’à 20 mètres au-delà des façades, ménagent une transition entre l’extérieur et l’intérieur : bien avant de passer la porte d’entrée, les visiteurs sont ainsi protégés de la pluie et du soleil. Au-dessus du toit, une flèche métallique qui s’élève à 77 mètres rend hommage à l’année d’ouverture du premier Centre Pompidou (1977).

L’entrée principale du bâtiment se trouve sur la façade ouest, du côté du parvis. Les visiteurs pénètrent dans le vaste forum, espace qui s’élève sous la toiture jusqu’à son faîtage, au sommet d’une tour métallique à 37 mètres. Cette tour hexagonale abrite les ascenseurs panoramiques ainsi que l’escalier principal. Les façades du forum sont transparentes, munies de stores rétractables en verre d’une hauteur de 6 mètres, qui permettent d’ouvrir totalement cet espace sur le parvis et le jardin, et de le ventiler efficacement. Dès l’entrée se trouvent les principaux services : information, billetterie, vestiaires, sanitaires, centre de ressources, librairie boutique, café, ainsi que l’accès au restaurant. Ce dernier, situé à l’étage avec sa terrasse, est cependant accessible par le jardin en dehors des heures d’ouverture du Centre.

Le premier espace d’exposition est la grande nef. Son volume impressionnant est sans doute unique en France : une surface de 1200 mètres carrés, et un plafond situé à 6, 13 et 21 mètres de hauteur. On pourrait y abriter un immeuble de sept étages. Ici seront exposées les œuvres de grandes dimensions, notamment celles qui ne peuvent l’être au Centre Pompidou à Paris. Une seconde salle du rez-de-chaussée, le studio, accueille des expositions, des installations, mais aussi du spectacle vivant ; le public peut être debout ou assis, selon les cas, grâce à des gradins rétractables. Plus loin, un auditorium de 144 places est dévolu au cinéma et aux conférences. La partie arrière du bâtiment est occupée par les espaces de livraison, les ateliers et l’administration.

Dans les étages, les trois galeries d’exposition situées à 7, 14 et 21 mètres d’altitude. Des parallélépipèdes de 85 mètres de long, 15 mètres de large et 7 mètres de haut. 1100 mètres carrés sans aucun point porteur ; l’espace peut être totalement libéré ou cloisonné à volonté selon la scénographie des expositions. À chaque extrémité, une immense fenêtre de 14 mètres sur 5, qui offre une image en cinémascope sur le paysage urbain, dans six directions : le parvis, la gare, la cathédrale, les Arènes, le quartier de Queuleu et le parc de la Seille. Dans les galeries, le sol est constitué de dalles en sulfate de calcium uniformément perforées, ce qui permet d’éviter des grilles de ventilation trop voyantes, et facilite la répartition de l’air conditionné quel que soit le cloisonnement. Un double faux-plafond intègre un éclairage indirect, ainsi que des rails sur lesquels viennent se raccorder les projecteurs et autres accessoires.

 

Des techniques peu courantes, voire inédites

Fondé sur 405 pieux de 12 mètres de profondeur, le Centre Pompidou-Metz a une structure composée de différents matériaux. Le bâtiment arrière et les trois galeries sont réalisés en béton, avec peu de piliers porteurs, de grandes portées et des porte-à-faux allant jusqu’à 14 mètres. Les techniques de construction rappellent celles qui sont utilisées dans les ouvrages d’art, et le ferraillage du béton est par endroits incroyablement dense. La tour hexagonale et les façades sont en structure métallique.

L’ouvrage le plus original dans ce bâtiment est la charpente en bois de la grande toiture. Elle est constituée d’un maillage hexagonal inédit en lamellé-collé d’épicéa et de mélèze, composé de six couches, soit deux poutres dans chacune des trois directions de la trame. Ces dernières sont reliées à chaque intersection par un nœud en contreplaqué de hêtre, et un boulon métallique précontraint. 1600 pièces au total, pour un linéaire de poutres égal à 18000 mètres. Les éléments, fabriqués à l’aide d’un outillage informatisé dans une entreprise installée en Forêt-Noire, sont assemblés sur le chantier pour constituer le grand chapeau. La charpente est ensuite recouverte par une membrane dite PTFE (polytétrafluoroéthylène), constituée de fibres de verre et de résine téflon. Cette toile, très résistante et autonettoyante, tendue par lés sur des rails métalliques, assure l’étanchéité et protège efficacement du soleil. Elle laisse cependant passer 15 % de lumière, ce qui permet de faire apparaître la trame hexagonale de la charpente lorsque le bâtiment est éclairé de l’intérieur.

Un bâtiment signé

Le projet de Shigeru Ban et Jean de Gastines a été choisi par le jury du concours à une très forte majorité. Il a été approuvé à l’unanimité par le conseil de la communauté d’agglomération de Metz Métropole, et il est généralement apprécié par le public. Il présente la particularité de concilier deux caractéristiques habituellement antinomiques. D’une part, un aspect très spectaculaire à l’extérieur, avec cette toiture organique qui recouvre et laisse apparaître les volumes des galeries. D’autre part, un minimalisme à l’intérieur des espaces d’exposition, l’architecture se faisant des plus discrètes pour mettre en valeur les œuvres d’art moderne et contemporain.

Il est à ce jour la plus importante des réalisations de Shigeru Ban. On y retrouve l’essentiel des constantes du travail de l’architecte : l’expérimentation de structures et d’assemblages inédits, l’utilisation du bois et des matières textiles, les grandes portées au service de la libération de l’espace, la double toiture, la transparence et la disparition des murs (parois vitrées, stores rétractables), la transition entre l’extérieur et l’intérieur, la flexibilité, et enfin la qualité des cadrages et des vues. Il constitue à n’en pas douter une œuvre majeure de l’architecte, qui placera Metz parmi les étapes incontournables pour toutes les personnes qui s’intéressent à la création contemporaine.

Philippe Hubert

Architecte, responsable de la mission Pompidou à la mairie de Metz de 2003 à 2010, il a piloté la construction du Centre Pompidou-Metz depuis le concours d’architecture. Il est aujourd’hui le directeur technique du bâtiment.

Principaux intervenants :

  • Maître d’ouvrage : Communauté d’agglomération de Metz Métropole
  • Mandataire du maître d’ouvrage : Ville de Metz
  • Partenaires du maître d’ouvrage : Centre Pompidou, Paris
  • Architectes : Shigeru Ban Architects Europe et Jean de Gastines Architectes, Paris
  • Architecte associé en phase concours : Philip Gumuchdjian Architect, Londres
  • Bureaux d’études techniques : Arup, Londres, et Terrell, Boulogne-Billancourt
  • Entreprise générale : Demathieu & Bard, Montigny-lès-Metz
  • Entreprise de charpente métallique : Viry, Eloyes
  • Entreprise de charpente bois : Holzbau Amann, Weilheim-Bannholz, Allemagne
  • Entreprise pour la membrane : Taiyo Europe, Munich, Allemagne
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