1867 Luxembourg – ville ouverte_

©Musée Dräi Eechelen

À l’occasion du 150e anniversaire du traité de Londres, signé le 11 mai 1867 par la Prusse, l’Empire français, l’Empire russe, le Royaume-Uni, le Royaume de Belgique, le Royaume des Pays-Bas, l’Empire austro-hongrois et le Royaume d’Italie, le Musée Dräi Eechelen, en collaboration avec les Archives nationales, a organisé l’exposition « 1867. Luxembourg – ville ouverte ».

Elle montre pour la première fois ensemble l’acte final du traité ainsi que les huit ratifications des puissances signataires avec le procès-verbal d’échange. À l’aide d’autres documents et objets inédits, elle illustre comment le démantèlement de la forteresse, stipulé par l’article V dudit traité, a converti Luxembourg en ville ouverte, déclarée ainsi par l’Arrêté royal grand-ducal du 22 mai 1883.

De la crise allemande à l’Affaire du Luxembourg
La Confédération germanique souffre dès le début de la présence des deux grandes puissances, l’Autriche et la Prusse. Cette confrontation mène à la guerre de 1866 et signe la fin de la
Confédération germanique. Le Grand-Duché qui en fait partie, reste neutre lors du conflit. Napoléon III s’intéresse alors au Luxembourg. En mars 1867, le Roi Grand-Duc des Pays-Bas Guillaume III est prêt à accepter l’offre de 5 millions de florins, sous réserve d’en prévenir la Prusse avant de conclure la vente. Pour Bismarck, ceci représente un casus belli et il commence à armer
la forteresse qui abrite toujours une garnison prussienne. Malgré des agitations pro-françaises, les Luxembourgeois veulent garder leur autonomie. Le Prince Henri, frère et lieutenant-représentant du Roi Grand-Duc, en sera le plus fervent défenseur.
La paix en Europe menacée, le Roi Guillaume III se retire de la vente. Les puissances signataires du traité de 1839, l’Autriche, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Prusse, la
Russie ainsi que le Royaume d’Italie, se réunissent pour une conférence à Londres début mai 1867.

La conférence et le traité de Londres
La conférence se tient à Londres du 6 au 11 mai 1867. Les signataires du traité sont, pour le Grand-Duché de Luxembourg, le Ministre d’État, le baron Victor de Tornaco ainsi que le vice-président
du Conseil d’État et de la Cour supérieure de justice, Emmanuel Servais.
Les clauses principales du traité sont les suivantes : le Grand-Duché reste sous le sceptre de la Maison d’Orange-Nassau (Article 1), il formera désormais un état perpétuellement neutre, garanti
par les puissances signataires (Article 2), la Ville de Luxembourg, ancienne forteresse fédérale, cessera d’être une ville fortifiée et deviendra une ville ouverte. Des militaires veilleront au
maintien de l’ordre (Article 3), les troupes prussiennes évacueront la forteresse (Article 4), le Roi Grand-Duc prendra les mesures nécessaires de convertir la place forte en ville ouverte, au moyen
d’une démolition (Article 5), dû à la dissolution de la Confédération, le Luxembourg et le Limbourg doivent désormais être considérés comme partie intégrante du Royaume des Pays-Bas (Article 6). Les ratifications sont échangées le 31 mai 1867.
Le gouverneur militaire Eduard von Brauchitsch est à la tête du défilé du dernier bataillon de la garnison prussienne qui quitte la forteresse le 9 septembre pour être remplacé le jour même par
le corps des chasseurs luxembourgeois. La population assiste au départ de la garnison avec des sentiments mitigés. Une grande partie de l’économie reposait sur la forteresse, mais les militaires
prussiens étaient restés étrangers.

Les grands travaux de démantèlement
Les premiers travaux consistent à élargir les passages à travers les fortifications. Ensuite, les bastions et les remparts sont démolis pour remblayer les fossés. Le bois de construction, les portes, les pierres et le fer sont recyclés. Même la terre est réutilisée pour recouvrir les remblais, les talus artificiels ou les plates-formes.
La première percée est celle de l’avenue de la gare où les travaux commencent dès le 9 septembre 1867. Jusqu’en 1870, les percées Arsenal, Marie-Thérèse, Monterey et Porte-Neuve relieront les
principales rues de la ville et les routes les plus importantes entre la capitale et Thionville, Esch, Longwy, Arlon ou Eich. Le plan de 1873 fixe le lotissement du front de la plaine. À partir de 1871,
on fait appel à Édouard André pour l’aménagement des parcs et des ceintures vertes.
Les travaux, adjugés aux entrepreneurs les plus offrants, sont réalisés par des centaines d’ouvriers. De nouvelles technologies seront utilisées. Le couple princier assiste au dynamitage avec mise à feu électrique du bastion Marie. Pour les années 1868 à 1870, le volume des démolitions et terrassements atteint 431 189 m3. Tout au long des années 1870, des budgets extraordinaires sont
votés pour continuer les travaux. Les débuts de la photographie coïncident avec le besoin de se documenter sur les travaux et les monuments.
La guerre franco-allemande éclate le 19 juillet 1870. De peur que le conflit ne s’étende au Luxembourg, les travaux de démolition sont accélérés. Les sièges de Strasbourg (du 16 août au 28 septembre) et de Metz (du 20 août au 28 octobre) se soldent par de nombreuses victimes. Afin de leur venir en aide, des Luxembourgeois mettent sur pied une section nationale de la Croix-Rouge.
Cet engagement provoque des critiques du chancelier Bismarck, qui reproche au Grand-Duché la violation éclatante de la neutralité. Le Luxembourg échappe de justesse à cette guerre, mais devra
céder en 1872 à l’Allemagne victorieuse le contrôle du réseau des chemins de fer Guillaume-Luxembourg.

Musée Dräi Eechelen
5, Park Dräi Eechelen
L-1499 Luxembourg

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