OPINIONS, pour une architecture critique_

COMMUNIQUE DE PRESSE

OPINIONS,
pour une architecture critique

Auteurs :
Mathieu Berger
Vincent Calay
Loïc Géronnez
Camille Gira
Nicolas Hermeleers
Robert Philippart

De nos jours, nous sommes trop souvent confrontés à une architecture pauvre en concepts, peu portée sur la remise en question et dont les ambitions se noient dans la résolution des détails de construction ou d’utilisation de matériaux prestigieux.

La communication et la participation sont des thèmes que nous voulions aborder dans ce premier numéro d’Opinions. En effet, notre environnement urbain doit se penser désormais en réseau.

La compréhension et l’acceptation de son évolution ne peuvent négliger la participation. Rien ne paraît plus simple pour un citoyen, un architecte, un urbaniste ou un décideur politique que de «communiquer» sur ses préoccupations, ses projets, ses ambitions, ses réalisations et par conséquent sur l’avenir de sa ville. Et pourtant beaucoup de déception et parfois d’échecs surviennent lorsqu’il s’agit de rassembler ces différents acteurs, de confronter leurs perspectives et de partager des stratégies urbaines.

Au-delà du réalisme et du pragmatisme qu’un projet doit refléter, l’architecture a le devoir de stimuler un débat sur ses enjeux culturels dans notre société. Tel est le but que nous nous sommes fixés lors de la création de notre association, fil conducteur de la réflexion que nous allons mener au cours des prochaines parutions d’Opinions.

 Ce premier numéro d’Opinions est l’occasion d’ouvrir des pistes, au Luxembourg, pour des pratiques architecturales plus réflexives et des processus urbanistiques plus inclusifs. Dans ce dossier, Participation et dialogue dans le projet urbain, les textes rassemblés proposent d’examiner les apports et les limites des processus participatifs tels qu’expérimentés ces vingt dernières années à Bruxelles, avant d’interroger l’existence d’une culture civique luxembourgeoise, propice au développement d’une participation citoyenne autour des questions d’architecture et d’aménagement du territoire.

Bien que plus grande en taille et différente à de nombreux égards, la capitale belge et européenne partage avec la Ville de Luxembourg une condition de ville internationale et compte une importante communauté de ressortissants étrangers et une population cosmopolite, usagère de la ville mais peu concernée ou mobilisée par rapport à son devenir. Ne serait-ce que par sa proximité géographique, l’expérience bruxelloise en matière de participation citoyenne est susceptible d’apporter certains éclairages, tant ces aspects de dialogue publique et de concertation autour de projets urbains semblent inexistants aujourd’hui au Luxembourg. L’intention n’est pas d’idéaliser la situation bruxelloise.  Les politiques de développement urbain constatées à Bruxelles sont critiquables à bien des égards et la réputation des expériences participatives que les représentants politiques avancent comme exemplaires est souvent surfaite. Il n’en reste pas moins qu’une vingtaine d’années de pratiques de participation citoyenne, notamment dans le cadre des « contrats de quartier », a montré ici et là des signes prometteurs. A l’heure où il s’agit, à Luxembourg, de créer les conditions d’un dialogue plus exigeant entre acteurs institutionnels et civils, l’expérience bruxelloise, à travers ses succès et ses échecs, ses forces et ses insuffisances, attire l’attention sur certains éléments cruciaux dans la conception, la mise en place et l’organisation de processus participatifs.

Dans un premier texte, Nicolas Hemeleers nous montre, à partir d’une histoire accélérée des politiques de rénovation urbaine à Bruxelles, comment celles-ci se sont détournées dans les années 1970 de projets radicaux de grande échelle déployés de manière autoritaire, pour des opérations plus modestes, d’échelle réduite, mais permettant de développer davantage de transversalité, de qualité et de dialogue – des opérations qui culmineront avec la création du dispositif «contrat de quartier». Loin d’en rester là, Hemeleers nous montre l’ambivalence de ce «succès de la petite échelle»: aujourd’hui, il semble difficile aux représentants politiques et administratifs de se coordonner au-delà de cette petite échelle de prédilection, et de renouer avec une certaine ambition et une certaine ampleur dans le projet urbain.

Dans le texte suivant, Loïc Géronnez s’interroge sur la capacité des dispositifs participatifs bruxellois de faire advenir des formes de «démocratie directe», dans lesquelles les participants citoyens, au-delà de donner leur avis occasionnellement ou de participer aux pratiques civiques qui leur sont proposées (verduriser leur quartier, prendre part à la création d’un potager urbain), bénéficieraient d’un certain pouvoir de décision. Décrivant deux dispositifs (l’«appel à projets de quartier» et le «contrat de quartier»), il montre comment le point fort du premier (la grande autonomie laissée aux citoyens dans la mise en œuvre des projets de quartier) et le point fort du second (la présence de budgets importants et d’enjeux réels en matière de production matérielle de la ville) devraient pouvoir être combinés.

Vincent Calay nous amène pour sa part au cœur du « quartier européen »de Bruxelles et nous donne un exemple de « participation en régime d’internationalisation» qui ne manquera pas de nous intéresser. En s’inspirant d’un ouvrage récent du sociologue américain Richard Sennett, il pose les exigences d’une «coopération exigeante» dans le domaine des politiques de la ville. Décrivant la concertation organisée autour d’un projet de réaménagement du quartier européen, il nous montre comment les acteurs institutionnels de la concertation échouent à inscrire celle-ci dans les logiques d’une « coopération exigeante », (1) que cela soit en proposant un mode de discussion dialectique, oppositionnel, plutôt que dialogique, (2) en privilégiant, sur le plan de l’expression, l’assertion plutôt que le doute, et enfin, (3) en témoignant aux citoyens mobilisés une sympathie qui ne peut être confondue avec une position d’empathie exigeant un véritable échange des perspectives.

Loin d’être entièrement satisfaisante à Bruxelles, la participation citoyenne aux politiques architecturales et urbanistiques a-t-elle un avenir au Luxembourg ? Peut-elle compter sur certains ferments au niveau d’une histoire civique et d’une culture de la citoyenneté active ? C’est à ces questions que s’attaque Robert Philippart dans le dernier texte de notre dossier. Arguant de l’importance d’un éclairage historique sur ces questions, il brosse le tableau d’une tradition citoyenne «bien en place», à travers notamment une pratique de la pétition, largement répandue. Comment progresser de ces pratiques de mobilisation plutôt arc-boutées sur la propriété et la défense d’intérêts individuels vers des formes de dialogue plus larges, plus politiques, en amont des projets ? Pour Philippart, seule l’éducation des citoyens et des dirigeants, possible à travers le développement d’institutions capables de diffuser les connaissances en matière d’architecture et d’urbanisme permettront de faire évoluer les mentalités.

Pourquoi une nouvelle association et une nouvelle revue ?

Parce qu’il manque aujourd’hui un lieu de réflexion sur l’architecture, ouvert aux autres acteurs de la vie intellectuelle et artistique.

Parce que le manque de débat et d’un regard critique sur notre culture du bâti marque une approche superficielle et anesthésiante du concept architectural, du contexte urbanistique engendrant ainsi une insensibilité menant irréductiblement à un appauvrissement.

Parce que décrire et interroger l’architecture et ses enjeux c’est renouer avec une critique engagée du monde tel qu’il se construit

Parce que, placée au cœur des enjeux politiques, sociaux, économiques, culturels,… l’architecture bénéficie d’une position privilégiée, et insuffisamment exploitée, pour observer les transformations de l’environnement et de la société

Revue annuelle
Numéro 1 / Septembre 2012/ 84 pages
Association sans but lucratif  ‘Carnet d’Opinions’

La revue est réalisée et éditée par :
L’A.s.b.l. Carnet d’Opinions,
24, rue Goethe
L-1637 Luxembourg

Comité de rédaction :
Shahram Agaajani – rédacteur en chef
Dr Robert L. Philippart, historien
Dr Mathieu Berger, sociologue

Secrétaire :
Serge Schmitgen, ingénieur-architecte

Trésorière :
Nuria Quiroga, architecte

Relecture :
Christelle Chevalier

Conception graphique:
Maison Moderne

Direction artistique et coordination:
Maxime Pintadu, Thomas Schoos

Commande :
www.carnetdopinions.lu

Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailby feather